Patrimoine de l'île intense

Origines du rhum à La Réunion : 5 distilleries, histoire, types

De l'introduction de la canne au XVIIᵉ siècle aux grandes distilleries contemporaines (Isautier 1845, Savanna, Rivière du Mât, Chatel), retour sur quatre siècles d'une filière indissociable de l'île. Visites, types de rhums, dégustation.

5 distilleries phares1845 Isautier, la plus ancienne
XVIIᵉ - XXIᵉ siècle

De la canne à sucre au rhum réunionnais d'aujourd'hui

La canne à sucre arrive à La Réunion (alors Île Bourbon) à la fin du XVIIᵉ siècle, importée par les premiers colons français. Mais c'est au XIXᵉ siècle que la filière prend toute son ampleur, avec l'industrialisation sucrière sous le Second Empire. Isautier, fondée en 1845 à Saint-Pierre, est la plus ancienne distillerie réunionnaise encore en activité. Aujourd'hui, trois grandes distilleries (Isautier, Rivière du Mât, Savanna) assurent l'essentiel de la production, aux côtés de la maison Chatel, de la micro-distillerie Payet & Rivière ouverte en 2022 à Sainte-Suzanne et d'une nébuleuse de producteurs artisans pour les arrangés.

Cette page propose une frise chronologique de l'histoire du rhum réunionnais, le tableau des cinq distilleries phares avec dates de fondation et types de rhums produits, les six grandes catégories de rhums (traditionnel, agricole, grands arômes HERR, vieux, arrangé, blanc agricole jeune), les visites possibles et la FAQ détaillée.

Pour un panorama complet de la production réunionnaise et des références produit par produit, voir le portail spécialisé Rhum Distillerie qui couvre les rhums du monde et propose un focus sur la production réunionnaise.

Cinq distilleries phares

Les grandes maisons du rhum réunionnais

Cinq distilleries qui structurent la filière, de la plus ancienne (Isautier 1845) à la micro-distillerie Payet & Rivière. Horaires et tarifs de visite relevés sur les sites officiels en septembre 2026 : à revérifier avant de vous déplacer. Jours d'ouverture, âges et formules sont comparés sur notre page pour visiter une distillerie.

DistillerieLieuFondationTypes produitsVisite
IsautierSaint-Pierre1845Traditionnel + agricole + arrangésMusée La Saga du Rhum sur le site, tous les jours 10 h - 18 h, 12 € adulte avec dégustation (tarifs 2026)
SavannaSaint-André1948 - 1950 (Bois-Rouge : 1992)Traditionnel + agricole + grands arômes (HERR)L'odyssée de la canne (sucrerie + distillerie) 14 €, Savanna Immersive 30 €, atelier rhum arrangé 36 € (du lundi au samedi de juillet à décembre, du lundi au vendredi de janvier à juin)
Rivière du MâtSaint-Benoît1886Traditionnel + agricole + vieuxVisites guidées du mardi au samedi (10 h 30, 14 h 30, 16 h 30), 10 € adulte, 8 € en groupe dès 10 personnes, réservation 24 h avant
ChatelSainte-Marie1907 (à Saint-Denis)Liquoriste : arrangés, punchs, liqueurs, rhum CharretteBoutique du lundi au samedi
Payet & RivièreSainte-Suzanne2022Galabé + rhums artisanauxVisites guidées sur réservation, du mardi au samedi
Histoire

Quatre siècles en frise chronologique

De l'introduction de la canne à la renaissance qualitative contemporaine, douze moments-clés.

  • Fin XVIIᵉ siècle
    Introduction de la canne à sucre à La Réunion (alors Île Bourbon) par les premiers colons français.
  • XVIIIᵉ siècle
    Distillation marginale et artisanale du rhum, à usage local et pour les marins. Le sucre reste le produit principal.
  • 1815 - 1880
    Industrialisation sucrière sous le Second Empire. La filière se structure autour de grandes sucreries (Vue Belle, Bois-Rouge, Quartier Français).
  • 1845
    Fondation d'Isautier à Saint-Pierre, plus ancienne distillerie réunionnaise encore en activité, sept générations familiales.
  • 1886
    Création de la distillerie Rivière du Mât, installée depuis 1984 à Beaufonds (Saint-Benoît), l'une des plus grandes de l'île encore en activité.
  • 1907
    Jean Chatel fonde sa maison à Saint-Denis (aujourd'hui à Sainte-Marie), future référence des punchs et arrangés, propriétaire du rhum Charrette depuis 2013.
  • Années 1940 - 1960
    Crise sucrière mondiale, restructuration brutale de la filière. Beaucoup de petites sucreries ferment, le rhum devient un produit de diversification.
  • 1948 - 1950
    Construction de la distillerie de Savanna à Saint-Paul, sur l'ancienne sucrerie de Savanna. Elle sera entièrement transférée en 1992 sur le site de la sucrerie de Bois-Rouge, à Saint-André.
  • Années 1990
    Renaissance qualitative : Savanna se positionne sur les rhums grands arômes (HERR), Isautier modernise sa gamme, Rivière du Mât travaille les vieux.
  • Années 2010 - 2020
    Reconnaissance internationale des rhums réunionnais (médailles aux concours mondiaux). Émergence des arrangés artisanaux. Projet d'AOC pour les rhums agricoles.
  • 2022
    Ouverture de la micro-sucrerie Payet & Rivière sur le domaine Bel Air à Sainte-Suzanne, qui ajoute ensuite des rhums artisanaux à sa production de galabé.
  • Aujourd'hui
    Trois grandes distilleries historiques (Isautier, Rivière du Mât, Savanna), la maison Chatel pour les arrangés et liqueurs, une micro-distillerie à Sainte-Suzanne et plusieurs producteurs artisans. Production diversifiée : traditionnel mélasse, agricole jus de canne, vieux, arrangés. Filière patrimoniale et touristique majeure.
Champ de canne à sucre dans le sud de La Réunion sous le soleil tropical
Types de rhums

Six grandes catégories à connaître

Du blanc agricole jeune au vieux XO, du grand arôme HERR à l'arrangé créole familial : chaque type a son usage, son public et son potentiel de découverte.

01

Rhum traditionnel (de mélasse)

La grande majorité de la production réunionnaise (Rivière du Mât, Savanna, Isautier traditionnel). Distillé à partir de mélasse, sous-produit liquide de la fabrication du sucre. Profil aromatique large, du blanc neutre au vieux complexe. Vieillissement en fûts de chêne (ex-bourbon, ex-cognac, etc.) pour les vieux et XO.

02

Rhum agricole (de jus de canne)

Distillé directement à partir du jus de canne fraîchement pressé (vesou). Profil aromatique plus végétal, expressif, herbeux. À La Réunion, les trois grandes distilleries (Savanna, Rivière du Mât, Isautier) en produisent à côté de leurs rhums de mélasse, avec un projet d'AOC en cours pour structurer la filière (à l'image de la Martinique).

03

Rhum grands arômes (HERR - High Ester)

Spécialité de Savanna reconnue mondialement. Fermentation prolongée qui développe des esters intenses (notes fruitées, presque parfumées). Très recherché par les bartenders du monde entier pour la mixologie créative et par les amateurs pour la dégustation pure.

04

Rhum vieux (V.O., V.S.O.P., XO)

Vieillissement minimum 3 ans (V.O.), 5 ans (V.S.O.P.), 8-10 ans (XO). Le climat tropical accélère le vieillissement (la « part des anges » est plus importante qu'en métropole : 8-10 % de perte annuelle vs 2-3 % en région cognaçaise). Couleur ambrée, arômes vanillés, boisés, épicés, longueur en bouche.

05

Rhum arrangé créole

Tradition créole familiale : macération de fruits, épices et plantes locales dans du rhum blanc 4-6 mois minimum. Recettes classiques : létchi, vanille Bourbon, ananas Victoria, gingembre frais, combava, faham, café Bourbon. Versions industrielles (Isautier, Chatel) ou artisanales / familiales. Servi glacé en apéritif ou digestif.

06

Rhum blanc agricole jeune

Non vieilli ou vieilli quelques mois maxi. Conservé incolore. Base traditionnelle des cocktails créoles (ti'punch, planteur, cocktails à base de canne fraîche). Degré généralement 50 - 55 %, plus puissant que les rhums vieux (40 - 45 %). À consommer pur ou en cocktail.

Fûts de chêne en chai de vieillissement de rhum à La Réunion
Vieillissement tropical

« Part des anges » : le vieillissement express tropical

Le climat tropical accélère significativement le vieillissement du rhum en fût de chêne. La « part des anges », l'évaporation annuelle du rhum à travers les douelles du fût, atteint 8 à 10 % par an à La Réunion, contre 2 à 3 % en région cognaçaise tempérée. Conséquence : un rhum de 5 ans réunionnais a une intensité aromatique équivalente à un cognac de 15 - 20 ans.

Cette spécificité tropicale explique pourquoi les vieux rhums réunionnais (Savanna XO, Rivière du Mât 12 ans, Isautier Louis et Charles) ont une concentration aromatique exceptionnelle. Mais elle rend aussi la production coûteuse : pour produire un litre de XO 10 ans, les distilleries doivent immobiliser 3 à 4 litres en fût.

Les fûts utilisés viennent généralement d'ailleurs : ex-bourbon américains, ex-cognac français, ex-sherry espagnols. Chaque type apporte ses propres notes (vanille, pruneau, noisette).

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande le plus

Quelles sont les distilleries à visiter à La Réunion ?
Les trois grandes distilleries se visitent (tarifs relevés sur leurs sites en septembre 2026). Isautier à Saint-Pierre, via le musée La Saga du Rhum installé sur le site de Frédeline : ouvert tous les jours de 10 h à 18 h, 12 € adulte avec dégustation, gratuit pour les moins de 10 ans, visites guidées de 1 h 15 sur réservation. Savanna à Saint-André, sur le site de Bois-Rouge : L'odyssée de la canne (sucrerie + distillerie) à 14 €, Savanna Immersive (distillerie seule) à 30 €, du lundi au samedi de juillet à décembre et du lundi au vendredi de janvier à juin. Rivière du Mât à Saint-Benoît : visites guidées du mardi au samedi à 10 h 30, 14 h 30 et 16 h 30, 10 € adulte (8 € en groupe dès 10 personnes), gratuit pour les mineurs accompagnés, réservation au moins 24 h avant. Côté petites structures, Payet & Rivière à Sainte-Suzanne propose des visites guidées sur réservation (galabé et rhum), et la boutique Chatel à Sainte-Marie ouvre du lundi au samedi. Pour un panorama complet de la production réunionnaise, voir le site Rhum Distillerie.
Quelle est la différence entre rhum traditionnel et rhum agricole à La Réunion ?
Le rhum traditionnel (la grande majorité de la production réunionnaise, dont Rivière du Mât et Savanna) est distillé à partir de mélasse de canne, sous-produit liquide de la fabrication du sucre. Le rhum agricole (produit aussi par Savanna, Rivière du Mât et Isautier) est distillé directement à partir du jus de canne fraîchement pressé (vesou), ce qui donne un profil aromatique plus végétal et expressif. La Réunion est l'une des rares zones à produire les deux styles à grande échelle, contrairement à la Martinique (essentiellement agricole AOC) ou à la Jamaïque (essentiellement traditionnel).
Depuis quand fait-on du rhum à La Réunion ?
La canne à sucre est introduite à La Réunion (alors Île Bourbon) à la fin du XVIIᵉ siècle, par les premiers colons français. La production de rhum, longtemps distillation marginale et artisanale au XVIIIᵉ siècle, prend de l'ampleur au XIXᵉ siècle avec l'industrialisation sucrière sous Napoléon III. Isautier, fondée en 1845, est la plus ancienne distillerie réunionnaise encore en activité (sept générations familiales). Rivière du Mât suit en 1886. La filière s'est restructurée au XXᵉ siècle autour de quelques grandes distilleries qui assurent aujourd'hui la quasi-totalité de la production officielle, plus une nébuleuse de producteurs artisans pour les arrangés.
Qu'est-ce que le rhum arrangé réunionnais ?
Le rhum arrangé est une tradition créole qui consiste à faire macérer fruits, épices et plantes locales dans du rhum blanc pendant 4 à 6 mois minimum (jusqu'à 2 ans pour les arrangés haut de gamme). Les arrangés classiques : létchi, vanille Bourbon, ananas Victoria, gingembre frais, combava, faham (orchidée endémique), café Bourbon, mangue, banane flambée. Chaque famille a sa recette transmise. On en trouve en bouteille industrielle (Isautier, Chatel, Métiss) et chez les particuliers, généralement servi glacé en apéritif ou en digestif après un cari. Degré final 28 - 35 %.
Peut-on rapporter du rhum dans la valise depuis La Réunion ?
Oui, depuis La Réunion vers la métropole, vous pouvez ramener du rhum sans limite particulière (transport intra-français, La Réunion étant département français). Limité par le poids autorisé en soute par votre compagnie aérienne (généralement 23 kg en classe éco). Pour les bouteilles fragiles, mieux vaut les emballer dans des vêtements ou utiliser une mallette dédiée à bouteilles (10 - 30 € en boutique cadeau). Le rhum réunionnais étant peu distribué en métropole hors caves spécialisées, c'est un cadeau de séjour très apprécié. Privilégier les arrangés artisanaux et les vieux Savanna ou Rivière du Mât pour faire la différence.
Comment déguster un rhum vieux réunionnais ?
Comme un cognac. Verre tulipe (verre à dégustation à parois fines), température ambiante (18 - 20 °C), petite quantité (2 cl). Tour 1 : sentir sans agiter pour les notes volatiles (fruits frais, fleurs). Tour 2 : agiter doucement pour libérer les notes secondaires (vanille, fût, épices). En bouche : laisser glisser sur la langue avant d'avaler, sentir les arômes par voie rétro-nasale. Un grand vieux Savanna XO ou Rivière du Mât 12 ans révèle 30 - 40 arômes différents si on prend le temps. Ne pas mélanger avec coca ni jus : c'est un alcool de méditation.
Quels rhums réunionnais sont reconnus internationalement ?
Plusieurs ont obtenu des médailles aux concours mondiaux. Savanna se distingue particulièrement avec ses HERR (high ester rums) recherchés par les meilleurs bartenders mondiaux. Rivière du Mât 12 ans, XO, et single cask sont régulièrement médaillés. Isautier propose une gamme premium « Louis et Charles Isautier » très bien notée. Côté arrangés et punchs, la maison Chatel (Sainte-Marie) a été récompensée à plusieurs reprises à l'international. Plus largement, La Réunion est reconnue comme une « île à rhum » majeure, au même titre que la Jamaïque et la Martinique.
Le rhum est-il une filière économique majeure à La Réunion ?
Oui, c'est l'une des filières agroalimentaires emblématiques de l'île. Chiffre d'affaires global de la filière sucre-rhum estimé à plusieurs centaines de millions d'euros par an. Plusieurs centaines d'emplois directs dans les distilleries et plus largement plusieurs milliers d'emplois indirects (planteurs de canne, transports, distribution, tourisme). La canne à sucre couvre encore plus de 22 000 hectares à La Réunion (≈ 60 % des surfaces agricoles), soutenue par des dispositifs européens. Le rhum reste un produit d'exportation valorisé.
Y a-t-il des AOC pour les rhums réunionnais ?
Pas encore au moment où nous publions cette page, mais un projet d'AOC (Appellation d'Origine Contrôlée) pour les rhums agricoles réunionnais est porté par les producteurs et les pouvoirs publics, à l'image de l'AOC Martinique obtenue en 1996. L'objectif est de protéger l'origine, garantir le terroir (cultivars de canne, méthode de distillation, terroir de production) et valoriser à l'export. Les rhums traditionnels de mélasse sont déjà protégés par l'IG « Rhum de La Réunion » qui couvre l'ensemble de la production réunionnaise.
Aller plus loin

Continuer la lecture