À cru, en tranches
C’est l’usage qui rend justice au Victoria. On épluche en supprimant les yeux, on tranche en rondelles d’un centimètre. Aucune trempette ni sucre nécessaire, contrairement à un ananas industriel.

Petit, doré, fondant, aussi sucré qu’un litchi à pleine maturité, l’ananas Victoria de La Réunion bouscule la hiérarchie mondiale. Histoire de la filière, secrets de production, où le voir pousser et comment le déguster, tout est dans cet article.
L’ananas Victoria, c’est la version naine et plus aromatique de l’ananas que vous connaissez en supermarché. Variété Queen Victoria, pesant rarement plus d’un kilo, à la chair jaune profond et au cœur quasiment fondant. Sur l’île intense, il pousse depuis le XIXᵉ siècle, principalement dans le sud autour du Tampon et de Saint-Pierre, mais aussi dans l’est et l’ouest, sur les terres volcaniques drainantes.
Ce qui change tout, c’est l’écart thermique : nuits fraîches en altitude, journées chaudes en bordure de plantation, ensoleillement constant. Cette amplitude pousse le fruit à concentrer ses sucres et à développer des arômes que les variétés industrielles type MD-2 ou Cayenne lisse n’atteignent jamais. La filière est soutenue par le Département de La Réunion à travers un dispositif d’aide au développement. Côté signe de qualité, l’ananas Victoria de La Réunion bénéficie d’un Label Rouge depuis 2006 (d’après Taste France et Wikipédia), ce qui le distingue des Victoria cultivés à Maurice ou en Afrique du Sud.
La filière traverse pourtant une passe difficile. Selon Réunion la 1ère (avril 2025), l’île produit environ 7 000 tonnes de Victoria par an, dont 2 000 tonnes exportées, avec quelque 300 producteurs. L’arrêt de fabrication du PRM 12, le régulateur qui permet de synchroniser la floraison, allonge le cycle de culture de 15 à 24 mois, et l’insecticide Movento n’est plus utilisable. Ajoutez le cyclone Garance du 28 février 2025, après lequel les prix des fruits et légumes ont bondi de 19 % en mars selon l’Insee (ananas compris) : ne soyez pas surpris de payer votre Victoria plus cher qu’il y a quelques années.

Comparé à un ananas industriel, le Victoria est plus petit, plus sucré et plus parfumé. La récolte est étalée sur l’année avec un pic en fin de saison chaude, ce qui en fait un produit quasi-permanent sur les étals réunionnais.
Pour comprendre comment pousse vraiment un ananas, il faut voir le rang d’ananas en pleine terre, plant par plant, fruit par fruit. La Maison de l’Ananas au Tampon est la visite la plus complète : explication de la variété, déambulation dans la plantation, dégustation à la fin. C’est aussi un excellent stop sur la route du volcan, en couplant avec la Cité du Volcan à Bourg-Murat.
D’autres producteurs ouvrent leurs champs en saison, dans le sud (Saint-Joseph, Saint-Philippe) et dans l’est (Bras-Panon, Saint-Benoît). Pour ces visites souvent moins formelles, mieux vaut appeler avant de se déplacer, surtout entre janvier et mars où la production est moins soutenue.
Côté pratique, la Maison de l’Ananas se trouve au Grand Tampon. Les annuaires en ligne indiquent des visites toute l’année du mardi au dimanche, uniquement sur réservation, avec projection d’un film et jus d’ananas frais en fin de parcours. Le tarif affiché dans ces annuaires (6 € par personne pour la visite guidée, selon EasyRode) date de plusieurs années, et le site officiel maison-ananas.re ne répondait plus en septembre 2026 : appelez avant de monter pour confirmer que les visites sont toujours assurées.

Trois usages classiques sur place, et trois conseils pour ramener un fruit en métropole sans tomber sur un ananas trop vert.
C’est l’usage qui rend justice au Victoria. On épluche en supprimant les yeux, on tranche en rondelles d’un centimètre. Aucune trempette ni sucre nécessaire, contrairement à un ananas industriel.
Trancher très fin, étaler sur assiette froide, parsemer de vanille de Bourbon râpée et d’un trait de citron vert. Le contraste sucre-vanille-acidité fait merveille en dessert léger.
Cubes de Victoria, gousse de vanille, sucre roux, rhum blanc local. Trois semaines de macération minimum. Le résultat est l’un des classiques du rhum arrangé réunionnais, plus rond qu’un letchi-rhum.