Mis à jour le 4 juin 2026

Barrière de corail de La Réunion : 20 km de récif, Réserve marine et écosystème en alerte

Sur la côte ouest de l'île intense, une barrière corallienne de vingt kilomètres protège le seul lagon réunionnais. C'est aussi le cœur d'une Réserve naturelle marine classée en 2007 et de cinq zones sanctuaires. Ce qu'il faut savoir avant d'y mettre les pieds.

3 500 hade Réserve marine5 sanctuairesprotection intégrale≈ 1 000espèces de poissons
À quoi sert un récif

Pourquoi la barrière de corail change tout pour La Réunion

Sans la barrière, pas de lagon. Ce sont les coraux qui, en grandissant sur des dizaines de milliers d'années, ont construit un mur calcaire en bordure de la côte ouest. Ce mur casse la houle océanique avant qu'elle n'atteigne la plage et crée derrière lui une lame d'eau turquoise, peu profonde et calme : le lagon. C'est cette architecture qui fait que les enfants se baignent à l'Ermitage pendant que la mer ouverte cogne sur le récif à 200 mètres devant.

La barrière s'étend uniquement sur la côte ouest et sud-ouest, du Cap La Houssaye à la Roche des Oiseaux. Au-delà, ni au nord, ni à l'est, ni au sud, le récif ne s'est installé : conditions de houle, de température et de turbidité incompatibles. C'est un écosystème à la fois discret (vingt kilomètres seulement, là où la Grande Barrière australienne en fait deux mille trois cents) et irremplaçable pour l'île.

Référence officielle pour aller plus loin : La Réserve Naturelle Marine de La Réunion.

Banc de poissons orangés Anthias devant une paroi de coraux durs dans l'océan Indien
Fiche signalétique

La Réserve marine en quelques chiffres

Classée en 2007, la Réserve naturelle marine couvre l'ensemble du linéaire récifal de la côte ouest et sud-ouest. Elle est gérée par le GIP Réserve Marine, sous tutelle de l'État, en lien avec les cinq communes côtières concernées et le Parc national de La Réunion.

  • Date de classement
    21 février 2007
  • Surface totale
    ≈ 3 500 ha
  • Linéaire de récif
    ≈ 20 km
  • Côte concernée
    Cap La Houssaye → Roche des Oiseaux
  • Communes traversées
    5 (Saint-Paul à L’Étang-Salé)
  • Coraux durs recensés
    ≈ 185 espèces
  • Coraux mous recensés
    ≈ 46 espèces
  • Poissons recensés
    ≈ 1 000 espèces
Réglementation

Trois niveaux de protection sur les mêmes 20 km

La Réserve n'est pas un bloc uniforme. Trois statuts coexistent, du plus permissif (protection générale) au plus strict (protection intégrale, les fameuses zones sanctuaires). Connaître le statut du spot où vous mettez la palme évite la mauvaise surprise.

Niveau 01

Protection générale

Le niveau de base sur l’ensemble de la Réserve. Pêche réglementée par espèce et par engin, ancrage interdit hors mouillages écologiques, déchets totalement bannis. C’est le statut applicable sur la plus grande partie des 3 500 ha.

Niveau 02

Protection renforcée

Restrictions supplémentaires sur la pêche de loisir, certaines techniques de pêche professionnelle interdites, accès maintenu pour la baignade, le snorkeling et la plongée sportive. Vise les zones sensibles du récif sans les fermer au public.

Niveau 03

Protection intégrale (sanctuaires)

Cinq zones sanctuaires où toute pêche, prélèvement, ancrage et activité de loisir motorisée sont interdits. La plongée et le snorkeling restent autorisés selon des règles précises, et c’est dans ces zones que la biodiversité est la plus dense.

Cartographie

Les 5 zones sanctuaires de la Réserve

Cinq points chauds bénéficient d'une protection intégrale, soit le statut le plus strict. Toute pêche, prélèvement ou activité motorisée y est interdit. La plongée et le snorkeling restent autorisés, dans le respect d'un comportement responsable.

#SiteCommuneTypeÀ retenir
01Lagon de l’Ermitage NordSaint-PaulLagonL’une des zones les plus riches de l’île, point d’observation des tortues vertes en bord de plage.
02Lagon de l’Ermitage SudSaint-PaulLagonReproduction et nurserie pour beaucoup d’espèces côtières, fréquentation très encadrée.
03Pointe des ChâteauxSaint-LeuPointeSite de plongée connu, avec un récif externe abrité du houle dominante.
04Lagon de Saint-LeuSaint-LeuLagonCouloirs de migration des cétacés en saison, récif accessible sans bateau.
05Lagon de l’Étang-SaléL’Étang-SaléLagonLimite sud de la Réserve, contraste fort avec le sable noir volcanique de la plage.
Pressions sur le récif

Pourquoi le récif réunionnais est en alerte

La barrière n'est pas qu'un décor de carte postale. Elle subit des pressions cumulées qui menacent sa survie à long terme, et qui dépassent largement le périmètre de la Réserve marine elle-même.

  • Réchauffement de l'eau de surface: épisodes de blanchissement de plus en plus fréquents, comme en 2016 et en 2022 dans tout l'océan Indien. Les coraux durs expulsent leurs algues symbiotiques quand l'eau dépasse une certaine température, et meurent si l'épisode dure.
  • Eutrophisation : trop de nutriments ( nitrates, phosphates ) arrivent dans le lagon depuis les bassins versants terrestres. Les algues prennent le pas sur les coraux, qui finissent étouffés.
  • Pression de fréquentation: piétinement à marée basse, ancres dans le récif, prélèvements sauvages, crèmes solaires chimiques. Sur des spots très visités, l'effet cumulé est visible à l'œil nu.
  • Filets requin et activités côtières : la réflexion sur la cohabitation entre prévention du risque requin et préservation du récif reste ouverte, et fait régulièrement débat localement.
Platier corallien à faible profondeur du lagon de La Réunion vu sous l'eau, lumière du soleil filtrée par la surface

Platier corallien à faible profondeur. Le piétinement à marée basse suffit à briser la fragile structure calcaire.

Voir le récif

Trois façons d'observer la barrière sans l'abîmer

Selon votre niveau et votre envie, du masque-tuba au baptême plongée en passant par le kayak transparent qui survole le platier. Toutes les expériences ci-dessous se font avec des opérateurs qui respectent les règles de la Réserve.

Code de conduite

Sept réflexes à avoir dans la Réserve marine

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande le plus

À quoi sert la barrière de corail à La Réunion ?
Elle joue trois rôles majeurs. D’abord, elle casse l’énergie de la houle océanique avant qu’elle ne touche la côte, ce qui crée le lagon calme côté terre et protège le littoral des îles habitées. Ensuite, elle abrite un écosystème extrêmement dense : c’est dans le récif que se reproduisent et grandissent une grande partie des poissons côtiers. Enfin, elle filtre l’eau et fixe le carbone via la calcification des coraux. À l’échelle mondiale, les récifs coralliens abritent près d’un quart de la biodiversité marine sur moins de 1 % de la surface des océans.
Où peut-on voir la barrière de corail à La Réunion ?
Le récif est observable à pied avec masque et tuba dans les lagons de l’Ermitage, de la Saline-les-Bains, de Trou d’Eau et de Saint-Leu. Pour ceux qui veulent voir la pente externe et les coraux profonds, c’est en plongée bouteille depuis Saint-Gilles ou Saint-Leu, ou bien depuis un kayak transparent qui passe au-dessus du platier sans toucher l’eau. La face nord, du côté de Cap La Houssaye, et la face sud, vers la Roche des Oiseaux, sont moins fréquentées et donnent une autre lecture du récif.
Peut-on toucher les coraux ?
Non. Le contact direct avec un corail abîme sa fine couche de mucus protectrice et peut entraîner une nécrose locale. Marcher debout sur le platier à marée basse a le même effet, multiplié sur quelques mètres carrés. La règle dans la Réserve est simple : on regarde, on photographie, on ne touche rien. La crème solaire, idéalement minérale et non chimique, doit elle aussi être évitée juste avant la mise à l’eau.
Peut-on pêcher dans la Réserve naturelle marine ?
Cela dépend du niveau de protection. Dans les zones de protection générale, certaines pêches restent autorisées avec des règles précises sur les engins, les espèces et les saisons. Dans les zones renforcées, les restrictions sont plus fortes. Dans les cinq zones sanctuaires, toute pêche est interdite, sans exception. Avant toute sortie pêche, il faut consulter le règlement à jour sur le site de la Réserve marine.
Pourquoi parle-t-on d’un récif en alerte ?
Trois pressions principales pèsent sur la barrière de La Réunion. Le réchauffement de l’eau de surface provoque des épisodes de blanchissement, comme dans toute la zone tropicale. La pollution terrestre apporte trop de nutriments dans le lagon et favorise les algues au détriment des coraux, c’est l’eutrophisation. Enfin, la fréquentation humaine crée un piétinement, des prélèvements et des mouillages destructeurs. La Réserve marine et l’État engagent depuis 2007 des programmes de suivi et de restauration, mais le récif reste un milieu fragile à long terme.
Y a-t-il une barrière de corail à l’est et au sud de La Réunion ?
Non. La barrière corallienne ne s’est développée que sur la côte ouest et sud-ouest, là où la houle dominante est cassée par le relief de l’île et où l’eau est suffisamment chaude et claire. La côte est, exposée aux alizés et aux fortes pluies, et la côte sud, balayée par la houle australe, ne réunissent pas les conditions nécessaires à l’installation d’un récif. C’est pour ça que la Réserve marine couvre uniquement le linéaire allant du Cap La Houssaye à la Roche des Oiseaux.
Le bon plan côte ouest

Longer le lagon en van et bivouaquer face au récif

De Saint-Paul à L'Étang-Salé, un van aménagé est la meilleure façon de prendre le temps de chaque spot du récif. Réveil sur le lagon de la Saline, palme à l'Ermitage, plongée à Saint-Leu, coucher de soleil à Étang-Salé. Tout sur 25 km de littoral.

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