Observer les oiseaux à La Réunion : paille-en-queue, tuit-tuit et pétrels
Petite île, grande singularité : La Réunion abrite des oiseaux qu'on ne croise nulle part ailleurs. Ce guide de terrain vous dit lesquels chercher, où poser vos jumelles et à quelle saison, du littoral aux forêts des Hauts, sans jamais déranger la faune.
1 emblème, le paille-en-queue1 massif pour le tuit-tuitAvril-mai les pétrelsMatin le meilleur moment
L'essentiel en bref
Le sujet en quatre repères
Emblème ailé
Le paille-en-queue
Le plus menacé
Le tuit-tuit ( ≈ 100 mâles chanteurs )
Temps fort
Nuits sans lumière ( avril-mai )
Où observer
Hauts, forêts, littoral, étangs
Isolée au milieu de l'océan Indien, La Réunion a vu naître des oiseaux uniques, dont certains comptent aujourd'hui parmi les plus menacés de la planète. Bonne nouvelle pour le voyageur curieux : plusieurs espèces emblématiques s'observent facilement, à condition de savoir où regarder. Ce guide reste volontairement pratique, centré sur l'observation de terrain.
Les vedettes
Trois oiseaux à connaître avant de partir
Si l'on ne devait retenir que trois noms, ce seraient ceux-là : un emblème du littoral, un trésor menacé des Hauts et des marins qui nichent au sommet des montagnes.
Emblème de l'île
Le paille-en-queue
Phaethon lepturus
Un oiseau marin d'un blanc éclatant, reconnaissable à ses deux longues rectrices ( les « brins » ) qui flottent derrière lui en vol. On le voit planer le long des falaises et remonter les ravines des cirques, où il niche dans les cavités de paroi. Présent toute l'année, il est devenu le symbole ailé de La Réunion.
Endémique menacé
Le tuit-tuit
Coracina newtoni
Ce petit passereau gris, l'échenilleur de La Réunion, doit son nom à son chant. C'est l'un des oiseaux les plus menacés de l'île : il ne vit que sur un seul massif d'une quinzaine de km², la Roche Écrite, au nord. Grâce au contrôle des rats mené par la SEOR, sa reproduction est passée de très faible à plus de 75 % de réussite, et la population remonte.
Marins des sommets
Les pétrels
Pterodroma baraui
Le pétrel de Barau niche en altitude, près du Piton des Neiges, et part pêcher en mer. Classé « en danger », il partage l'île avec le très rare pétrel noir de Bourbon, tout sombre, parmi les oiseaux les plus menacés au monde. Chaque année en avril, les jeunes qui prennent leur envol sont désorientés par les lumières et s'échouent au sol.
À repérer aussi
D'autres oiseaux du bord des sentiers
Au-delà des trois vedettes, une belle galerie d'espèces endémiques ou indigènes accompagne les balades. Beaucoup sont familières et faciles à voir.
Le tec-tec
Petit passereau des Hauts ( Saxicola tectes ), très confiant : il se pose souvent à quelques mètres des randonneurs à Bélouve, au Maïdo ou vers le volcan.
L'oiseau-la-Vierge
Le gobemouche de Bourbon ( Terpsiphone bourbonnensis ), à la longue queue, fréquente les forêts humides et les jardins arborés de l'île.
La papangue
Le busard de Maillard ( Circus maillardi ) est le seul rapace de La Réunion, endémique et menacé. On le repère à sa silhouette planant au-dessus des ravines et des champs.
Les zoiseaux blancs
Deux « oiseaux à lunettes » endémiques ( Zosterops ), l'un gris, l'autre olive, comptent parmi les plus communs : jardins, forêts et Hauts, presque partout.
Le merle pays
Le bulbul de La Réunion ( Hypsipetes borbonicus ), endémique, anime les forêts de bois de couleurs des Hauts de son chant flûté.
La salangane
Le petit martinet des Mascareignes ( Aerodramus francicus ) niche en colonies dans les tunnels de lave et les grottes, et chasse les insectes en vol.
Focus · un survivant
Le tuit-tuit, sauvé rat après rat
L'histoire du tuit-tuit est celle d'un oiseau passé tout près de l'extinction. Confiné au seul massif de la Roche Écrite, il a longtemps vu ses nids pillés par les rats introduits. En organisant un contrôle serré des rongeurs autour des couples, la SEOR a fait remonter la réussite de reproduction de presque rien à plus de trois nids sur quatre.
Résultat : la population de mâles chanteurs progresse, même si l'espèce reste fragile et dépend de cette protection continue. L'observer, tôt le matin sur le sentier de la Roche Écrite, c'est croiser l'un des oiseaux les plus rares au monde, et mesurer ce que représente sa sauvegarde.
À savoir.L'espèce est intégralement protégée et son habitat, sensible. On l'observe sans hausser la voix, sans quitter le sentier et sans diffuser de chant enregistré.
Où observer
Les meilleurs spots, du littoral aux sommets
Chaque milieu a ses hôtes. Voici cinq terrains d'observation, du bord de mer aux forêts d'altitude, pour cibler les espèces qui vous intéressent.
Le massif de la Roche Écrite
Nord, au-dessus de Saint-Denis
Le seul endroit au monde pour voir le tuit-tuit. Le sentier grimpe depuis Le Brûlé et Mamode Camp à travers la forêt de bois de couleurs, où vivent aussi le tec-tec et les zoiseaux blancs. Départ très tôt le matin conseillé.
La forêt de Bébour-Bélouve
Est, au-dessus de la Plaine des Palmistes
Une forêt primaire accessible, royaume du tec-tec confiant, de l'oiseau-la-Vierge et du merle pays. Les sentiers vers le gîte de Bélouve et le Trou de Fer traversent de beaux milieux à endémiques.
Le littoral et les ravines
Côtes et remparts des cirques
Pour le paille-en-queue, cherchez les falaises et les ravines : Cap Méchant et le Sud sauvage, la Grande Chaloupe, les remparts de Mafate et de Cilaos. Il plane souvent au ras des parois.
Les sommets au crépuscule
Piton des Neiges, Grand Bénare, Maïdo
À la tombée de la nuit, les pétrels de Barau regagnent leurs nids d'altitude. Depuis les hauteurs, on peut entendre leurs cris caractéristiques passer dans le ciel, sans jamais s'approcher des colonies.
Les étangs et zones humides
Saint-Paul, Le Gol
L'Étang de Saint-Paul, réserve naturelle, et l'Étang du Gol accueillent les oiseaux d'eau : poules d'eau, hérons, aigrettes et migrateurs de passage. Idéal pour une observation facile, jumelles en main.
Quand observer
Le bon moment selon l'espèce
L'observation se joue autant à l'heure qu'à la saison. Quatre repères pour tomber au bon moment.
Tôt le matin
C'est le meilleur créneau toute l'année : les passereaux sont les plus actifs et les plus chanteurs au lever du jour, avant que la fréquentation et la chaleur ne montent.
Août à mars
La saison de reproduction du tuit-tuit, quand les mâles chantent le plus : c'est la période la plus favorable pour l'entendre et le repérer sur la Roche Écrite.
Avril à mai
L'envol des jeunes pétrels de Barau et l'opération « Nuits sans lumière ». Un temps fort de sensibilisation, où l'on croise le sujet partout sur l'île.
Toute l'année
Le paille-en-queue se laisse admirer en continu le long des côtes et des ravines, avec de belles observations dès qu'un rempart offre un point de vue plongeant.
Nuits sans lumière
Quand l'île éteint ses lumières pour les pétrels
Chaque année, entre début avril et début mai, les jeunes pétrels de Barau quittent pour la première fois leur nid d'altitude. Ils se repèrent aux étoiles, mais les éclairages des villes les désorientent : beaucoup s'échouent au sol, incapables de repartir. Pour les protéger, la SEOR coordonne l'opération « Nuits sans lumière », qui invite communes, entreprises et habitants à réduire l'éclairage pendant cette période.
Vous trouvez un oiseau au sol ?
Ne le relâchez pas vous-même. Placez-le avec précaution dans un carton fermé et aéré, au calme et à l'obscurité, sans le nourrir, puis contactez le centre de soins de la SEOR, qui le prendra en charge avant de le relâcher.
Bien observer
Observer sans déranger
Sur une île où plusieurs espèces sont au bord de l'extinction, la manière d'observer compte autant que ce que l'on voit. Quatre réflexes simples suffisent à profiter des oiseaux tout en les respectant.
1
Observez à distance, aux jumelles ou au téléobjectif, plutôt que de vous approcher. Un oiseau qui s'envole ou cesse de chanter est un oiseau dérangé.
2
N'approchez jamais un nid et évitez la « repasse » ( diffusion de chants enregistrés ), qui stresse les oiseaux et fausse leur comportement.
3
Restez sur les sentiers, tenez les chiens et ne laissez aucun déchet, surtout dans le cœur du Parc national.
4
Ne nourrissez pas les oiseaux : cela déséquilibre leur alimentation et favorise les espèces envahissantes au détriment des endémiques.
Questions fréquentes
Observer les oiseaux à La Réunion, en pratique
Quels oiseaux endémiques peut-on voir à La Réunion ?
Plusieurs espèces ne vivent que sur l'île ou dans les Mascareignes : le tuit-tuit ( échenilleur de La Réunion ), le tec-tec, l'oiseau-la-Vierge, le merle pays, les deux zoiseaux blancs, la papangue ( seul rapace de l'île ) et, côté mer, le pétrel de Barau et le pétrel noir de Bourbon. Le paille-en-queue, lui, est le grand emblème ailé du littoral.
Où voir le tuit-tuit à La Réunion ?
Uniquement sur le massif de la Roche Écrite, au nord, au-dessus de Saint-Denis : c'est le seul endroit au monde où il subsiste. On l'observe le long du sentier qui monte depuis Le Brûlé, de préférence tôt le matin et pendant la saison de chant ( août à mars ). Sa population reste fragile, l'observation se fait avec discrétion.
Où et quand observer les pétrels de La Réunion ?
Les pétrels de Barau nichent en altitude et regagnent les sommets à la tombée de la nuit : on peut les entendre passer depuis les hauteurs. Le moment le plus marquant reste avril-mai, quand les jeunes prennent leur envol. C'est aussi la période de l'opération « Nuits sans lumière », qui réduit l'éclairage pour éviter qu'ils ne s'échouent.
Que faire si je trouve un oiseau échoué au sol ?
Ne le relâchez pas vous-même : un jeune pétrel au sol ne peut pas redécoller seul. Placez-le délicatement dans un carton fermé et aéré, au calme et à l'obscurité, sans le nourrir, puis contactez le centre de soins de la SEOR, qui prend en charge et relâche les oiseaux. C'est le bon réflexe pendant les Nuits sans lumière.
Qu'est-ce que le paille-en-queue ?
C'est un oiseau marin blanc, le phaéton à brins blancs, reconnaissable à ses deux longues plumes de queue. Il niche dans les falaises et les ravines et plane le long des remparts. Emblématique de La Réunion, on le voit toute l'année sur le littoral et dans les cirques.
Faut-il un guide pour observer les oiseaux à La Réunion ?
Pour les espèces communes ( tec-tec, zoiseaux blancs, paille-en-queue ), une paire de jumelles et un peu de patience suffisent. Pour approcher les endémiques rares ou comprendre les milieux, une sortie encadrée par la SEOR ou un guide nature apporte beaucoup, tout en garantissant une observation respectueuse.
Quelle est la meilleure période pour le birdwatching à La Réunion ?
Le matin, toute l'année, pour les passereaux des forêts et des Hauts. La saison de chant du tuit-tuit ( août à mars ) et l'envol des pétrels ( avril-mai ) sont deux temps forts. Le paille-en-queue, lui, s'observe en continu le long des côtes.
Sources
D'où viennent ces informations
Les repères de cet article s'appuient sur des sources publiques et associatives de référence. Pour les données les plus à jour ( comptages, dates des Nuits sans lumière, sorties ), reportez-vous directement à ces organismes.
SEOR : Société d'Études Ornithologiques de La Réunion, centre de soins, opération Nuits sans lumière et conservation des endémiques.
Sous Les Étoiles 974, c'est un site dédié à La Réunion : activités vérifiées, hébergements et guides pratiques pour explorer l'île en confiance. Des forêts des Hauts aux ravines du littoral, voici de quoi composer un séjour au plus près du vivant.